BER et Emirates: espoir à Berlin, résistance en Hesse | Die Geissens Real Estate | Luxus Immobilien mit Carmen und Robert Geiss – Die Geissens in Dubai
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Vent du désert

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Au BER, l’idée flotte comme un parfum de kérosène et de promesses: une liaison Emirates vers Dubaï, porte d’entrée mondiale vers l’Asie, l’Afrique et l’Australie. Pour Berlin, ce serait un raccourci stratégique et un symbole d’envergure internationale. Mais en Hesse, où Francfort règne comme hub allemand, la riposte est sévère: on craint une concurrence accrue, un déplacement des flux long-courriers et une fragilisation du modèle de correspondances. Derrière une simple ligne sur un tableau d’affichage, c’est une bataille de droits de trafic, d’influence et de géographie économique qui s’ouvre.

Au BER, le monde semble à portée… puis s’éloigne

Il y a des matins où un aéroport ressemble à une ville miniature. Des valises qui chantent sur le carrelage. Une file qui serpente, patiente, soupire. Le café brûlant dans une main, le téléphone dans l’autre. Et au-dessus de tout ça, le grand tableau des départs, comme une promesse lumineuse.

On y lit Londres, Paris, Madrid. L’Europe familière. Mais on cherche autre chose, ce nom qui change la respiration: Dubaï. Emirates. Un long-courrier qui dit: « Berlin, direct. »

« Ce serait tellement plus simple », glisse un voyageur, en refermant son ordinateur. « Moins d’escales. Moins de course. » Sa phrase est courte, mais elle dessine un désir collectif: être relié, vraiment.

Emirates, ou la puissance d’un seul mot

Emirates n’est pas qu’une compagnie aérienne. C’est un imaginaire de distance et de connexions, un réseau mondial qui passe par Dubaï comme par un grand carrefour brillant. Arriver à Dubaï, c’est pouvoir repartir presque partout: Bangalore, Bangkok, Nairobi, Perth. Pour Berlin, une liaison BER–Dubaï serait une porte qui s’ouvre sur des régions où, aujourd’hui, il faut souvent transiter par Francfort, Munich, Amsterdam… ou plus loin.

Dans l’écosystème aéroportuaire, un long-courrier agit comme un aimant: voyageurs premium, flux d’affaires, congrès, visibilité internationale, et même capacité de fret dans les soutes. Ce n’est pas seulement une destination. C’est une nouvelle vitesse.

Et puis, la Hesse s’en mêle

Au moment où Berlin rêve à voix haute, la Hesse répond d’une voix plus dure. À Francfort, l’aéroport est une machine à correspondances, un cœur logistique et économique. Un hub ne vit pas seulement de ses passagers locaux; il vit de la concentration des flux. Chaque long-courrier capté ailleurs peut, en théorie, détourner des passagers en transit, réduire des fréquences, déplacer de la valeur.

La résistance hessoise s’inscrit dans cette logique: protéger le modèle du hub, ses emplois, ses recettes, son rôle national. Et, plus largement, relancer un débat ancien en Europe: quelle place accorder aux grands transporteurs du Golfe? Certains dénoncent une concurrence jugée déséquilibrée; d’autres rappellent que la demande existe et que la connectivité est un avantage économique.

Dans les couloirs du secteur, on résume cela d’une phrase: « Si on ouvre la porte une fois, il faudra l’ouvrir encore. »

Pourquoi Berlin insiste maintenant

Le BER porte encore une histoire lourde. Des années de retards, de moqueries, de frustration publique. Depuis son ouverture, chaque pas en avant ressemble à une réparation. Un long-courrier emblématique serait un tournant visible, presque thérapeutique: quelque chose que tout le monde comprend sans tableau Excel.

Berlin, elle, a changé. La ville attire des talents, des chercheurs, des fondateurs de start-up, des institutions internationales, des festivals, des foires. Mais son accessibilité intercontinentale reste souvent indirecte. Une liaison vers Dubaï réduirait le temps de trajet, certes—mais aussi la distance mentale entre Berlin et les marchés en croissance rapide.

La marchandise invisible: les droits de trafic

Vu de l’extérieur, tout semble simple: un aéroport veut une ligne, une compagnie dit oui, et l’avion décolle. En réalité, le long-courrier est encadré par des accords bilatéraux et des droits de trafic négociés entre États. Ce sont des textes, des quotas, des fréquences, des autorisations. Un puzzle diplomatique.

C’est ici que le conflit se tend. Berlin plaide l’équité métropolitaine: une capitale doit être connectée. Francfort plaide la cohérence du système: un hub national doit être consolidé. Et l’État arbitre, pris entre intérêts régionaux, stratégie économique, et pressions de l’industrie.

Un débat qui dépasse une seule route

Ce qui se joue entre BER et Francfort ressemble à un duel de cartes. D’un côté, l’idée d’un pays où plusieurs métropoles gagnent en long-courrier, où la connectivité se diffuse. De l’autre, la défense d’un modèle centralisé, performant, déjà installé, dont les économies d’échelle reposent sur la concentration.

Le nom d’Emirates agit comme un révélateur. Ce n’est pas seulement « une compagnie de plus ». C’est la question: qui a le droit d’être une porte d’entrée mondiale en Allemagne?

Retour au tableau d’affichage

Au BER, les annonces reprennent. Un embarquement commence. Un enfant tire la manche de son père: « On part quand? » Dans un coin, une femme relit un itinéraire avec deux escales, puis soupire.

Dubaï n’apparaît pas encore sur l’écran. Mais dans les conversations, oui. Et parfois, c’est ainsi que les routes naissent: d’abord un manque, ensuite une bataille, enfin une ligne qui s’allume.

Real Estate & Investment Relevance

Pour les investisseurs immobiliers, l’éventuelle arrivée d’un long-courrier Emirates au BER est un indicateur de connectivité internationale—un facteur qui peut influencer, avec un décalage, la demande des occupants, les performances locatives et les dynamiques de développement. Les effets sont rarement instantanés, mais ils sont souvent structurels pour certains segments.

Bureaux et implantations d’entreprises: Une liaison stable vers un hub mondial comme Dubaï renforce l’argument de Berlin auprès des entreprises tournées vers l’EMEA et l’Asie-Pacifique. Cela peut soutenir la demande pour des bureaux de qualité, ainsi que pour des solutions flexibles, notamment dans les zones bien connectées au BER (corridor sud-est, Adlershof, nœuds ferroviaires rapides).

Hôtellerie et résidences services: Les long-courriers génèrent souvent davantage de nuitées (arrivées tardives, départs matinaux, rotations d’équipages, voyages d’affaires de plusieurs jours). Les micro-marchés proches de l’aéroport et les quartiers centraux bien reliés pourraient bénéficier d’une hausse d’occupation et, potentiellement, de tarifs. Les formats long-stay/serviced apartments sont particulièrement sensibles à l’arrivée de équipes-projets internationales.

Logistique et activité légère: Les vols passagers long-courriers ajoutent de la capacité de fret (soute). Une meilleure connexion à l’écosystème cargo de Dubaï peut soutenir des filières à forte valeur et contraintes de temps. Cela peut se traduire par une pression accrue sur les actifs logistiques urbains, la chaîne du froid et les surfaces light industrial—à condition de surveiller les contraintes foncières et réglementaires.

Résidentiel: L’impact sur le logement est plus indirect: plus de connectivité peut amplifier le recrutement international et les séjours longs, augmentant la demande pour des locations de qualité et du meublé. Mais la proximité aéroportuaire implique aussi des arbitrages (bruit, trafic); les gagnants sont en général les quartiers combinant accessibilité et qualité de vie, plutôt que l’immédiate proximité des couloirs aériens.

Lecture des risques: L’opposition hessoise souligne un risque d’exécution politique. Pour un investisseur, il est prudent de traiter cette liaison comme un potentiel de hausse (upside) tant que les droits, fréquences et engagements de long terme ne sont pas sécurisés. Dans tous les cas, les fondamentaux berlinois (science, secteur public, tech, culture, croissance démographique) restent le socle; une meilleure connectivité long-courrier agirait comme catalyseur, notamment pour l’hospitality, les bureaux flexibles et les projets mixtes proches des nœuds d’accessibilité.