Au Golfe, la croissance s’entend avant de se lire: valises qui roulent sur le marbre, conversations pressées dans les halls d’hôtels, chantiers qui battent la mesure. Selon le FMI, la croissance des pays du GCC devrait accélérer, avec les Émirats arabes unis en tête d’une dynamique de plus en plus non pétrolière. Services, commerce, tourisme, logistique et finance prennent une place centrale, tandis que l’énergie continue d’influencer les budgets et le climat de marché sans dicter, à elle seule, la trajectoire. Le récit qui se dessine: une région qui transforme ses recettes énergétiques en tremplin, et non en plafond.
Le matin, dans un hôtel de Dubaï, tout est mouvement. Un badge de conférence claque contre une veste. Une roue de valise accroche une rainure du sol et quelqu’un souffle, amusé: « On dirait que la ville court plus vite que nous. » À travers la façade vitrée, la chaleur fait trembler l’air. Et derrière ce voile, des grues découpent le ciel comme des aiguilles d’horloge.
C’est ici que les grands mots — croissance, diversification, expansion — deviennent tangibles. Le Fonds monétaire international voit la croissance du GCC appelée à s’accélérer, et place les Émirats arabes unis au premier rang de l’essor non pétrolier. Une phrase qui pourrait rester abstraite… jusqu’à ce qu’on écoute la ville: elle parle services, tourisme, logistique, finance, commerce. Elle parle vitesse.
Le pétrole n’a pas disparu du décor. Il reste un acteur majeur, capable d’élargir ou de resserrer la marge budgétaire, d’influencer la confiance et la liquidité, de donner le tempo aux investissements publics. Mais le point clé, dans la lecture du FMI, est ailleurs: le Golfe n’avance plus avec un seul moteur.
Dans les Émirats, l’« après-pétrole » ne ressemble pas à une rupture brutale. C’est plutôt une accumulation patiente de nouvelles forces: réglementations modernisées, infrastructures pensées pour l’échelle, et un environnement d’affaires qui attire des entreprises en quête d’un hub régional. On le voit dans les aéroports saturés de correspondances, dans les ports où les conteneurs s’empilent comme des blocs de construction, dans les quartiers d’affaires où les cafés sont remplis de réunions improvisées.
« On ne vient pas pour un contrat », glisse un directeur commercial en rangeant son ordinateur. « On vient pour s’installer. » La nuance est fondamentale: elle transforme un pic d’activité en trajectoire.
Dans un espace de coworking baigné de lumière, une entrepreneuse fait défiler des chiffres. Elle s’arrête, regarde son interlocuteur: « Ici, on teste. Ici, on optimise. Ensuite, on déploie. » Le ton est calme, mais l’idée est tranchante: les Émirats servent de base de lancement.
Plusieurs leviers expliquent ce rôle de locomotive:
Depuis une terrasse, la skyline ressemble à une maquette d’urbaniste. Pourtant, ce n’est pas un décor: c’est une réponse à la demande. Quand l’économie non pétrolière s’élargit, elle attire des personnes — et les personnes demandent des logements, des bureaux, des écoles, des cliniques, des transports. La diversification se lit en mètres carrés autant qu’en points de PIB.
Le monde ne facilite pas la tâche. Les taux d’intérêt ont changé la logique du financement. Les risques géopolitiques peuvent reconfigurer des routes commerciales. Les chaînes d’approvisionnement restent sensibles. Dans ce contexte, l’anticipation du FMI — une croissance GCC plus rapide — ressemble à un pari sur la robustesse: la diversification devient structurelle.
Mais accélérer crée aussi de la pression. Sur les infrastructures, d’abord. Sur les loyers, parfois, dans les zones où la demande se concentre. Sur le marché du travail, ensuite, car la compétition pour les compétences monte d’un cran. Et sur l’offre immobilière, enfin: quand les chantiers vont plus vite que l’absorption, certains sous-marchés peuvent connaître des phases de surcapacité.
Le point d’équilibre est délicat, mais il est connu. Le Golfe a appris à piloter des cycles, à ajuster, à calibrer. Et l’orientation reste claire: utiliser la rente énergétique comme un capital de transformation.
Les prévisions économiques, au fond, sont des récits de décisions. Une multinationale choisit les Émirats pour une équipe régionale. Un opérateur logistique signe un bail long parce qu’il croit à la durabilité des flux. Une famille accepte la mobilité car les services — santé, éducation, sécurité — suivent. Un fonds regarde les infrastructures, l’écosystème de talents, la stabilité réglementaire… et se dit: « Ici, la demande n’est pas seulement cyclique. Elle est fonctionnelle. »
En fin de journée, la lumière devient dorée. Dans un taxi, le chauffeur jette un œil au trafic et lance, mi-sérieux, mi-fier: « Beaucoup de monde aujourd’hui. C’est bon signe. » C’est peut-être la phrase la plus simple pour résumer l’idée: l’activité se diffuse, se multiplie, se diversifie.
Si le GCC accélère, l’histoire la plus intéressante est celle d’un repositionnement: le Golfe comme plateforme. Plateforme pour les entreprises, pour les capitaux, pour les talents, pour les services. L’énergie reste un pilier — mais plus le seul scénario. Et les Émirats, avec leur capacité à attirer, organiser et connecter, apparaissent comme le cœur battant de cette transition.
Pour les investisseurs immobiliers, une accélération de la croissance du GCC portée par l’essor non pétrolier des Émirats signifie généralement une demande plus large et plus diversifiée. Quand les services gagnent du poids, la demande de surfaces ne dépend plus seulement du cycle des matières premières: elle vient de l’emploi, des sièges régionaux, de la logistique, du tourisme et de l’installation durable de talents.
En synthèse, la dynamique non pétrolière renforce l’argument d’une allocation sélective vers des actifs à fondamentaux solides — emplacement, accessibilité, qualité d’exploitation, profondeur de la demande locative — et vers des segments où la croissance est tirée par l’usage réel, plus que par la spéculation.